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Dassault Systèmes

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L’impression 3D : quel usage pour demain ?

Visite du Fablab 3DS – Paris Campus avec Frédéric Vacher
2 juillet 2014

Echo Conseil

Frédéric Vacher

Rencontre avec Frédéric Vacher qui nous fait visiter le Fablab 3DS avec un enthousiasme communicatif. Il nous livre son point de vue sur le marché de l’impression 3D.

Frédéric Vacher : l’impression 3D, ce n’est pas une révolution technologique !
Dans l’industrie, on connaît ça depuis trente ans, on appelle cela du prototypage rapide et cela sert à concevoir et à fabriquer des pièces pour les valider avant de lancer leur production. La différence, c’est qu’aujourd’hui on peut fabriquer des objets unitaires ou des petites séries avec l’impression 3D. Dans l’industrie des satellites ou de la Formule 1, par exemple, on a de grosses contraintes de légèreté pour la fabrication. L’impression 3D qui permet de mettre de la matière où on veut, est un moyen de répondre à ces contraintes.
C’est ce que j’appelle «le design par la contrainte», c’est une autre façon de penser le design : je définis d’abord mes contraintes, puis c’est l’ordinateur qui va générer la forme nécessaire pour y répondre.

Comment réagissent les écoles de design à cette notion de «design par la contrainte» ?

Frédéric Vacher : notre rôle est d’instaurer progressivement cette pédagogie. Mais aujourd’hui, c’est encore du domaine du futur car les écoles forment toujours aux procédés traditionnels : l’injection plastique, la tôlerie etc. Et elles ont raison, car cela reste 99 % du business pour les usines. L’impression 3D ne va pas tout changer ! Si vous voulez faire 200 000 pièces d’un boitier ou d’un verre en plastique, continuez avec de l’injection, cela n’a aucun intérêt de faire autrement !
L’impression 3D, c’est une machine-outil qui a ses avantages et ses inconvénients. L’avantage principal, c’est le procédé de la fabrication additive. On met de la matière où on veut et, de fait, on sait faire des choses qui ne seraient pas fabricables autrement. Pourquoi ? Parce qu’elles ne seraient pas démoulables avec un procédé plastique par exemple. L’inconvénient ? C’est lent et la matière coûte très cher.

Que pensez-vous de l’emballement médiatique actuel autour de l’impression 3D ?

Frédéric Vacher : si on écoute les médias, tout le monde va s’acheter une imprimante 3D à Noël. Mais il va y avoir du déceptif, car une fois que vous avez acheté une machine, qu’allez-vous en faire ? Au mieux, vous allez trouver un fichier sur internet et vous allez l’imprimer. Et puis vous allez constater que ce fichier n’a pas été conçu pour votre machine et que le résultat n’est vraiment pas terrible. Il ne faut pas perdre de vue que l’impression 3D, c’est fait pour penser fabrication et industrialisation. On ne peut imprimer un objet que s’il est adapté aux caractéristiques techniques de la machine, sinon cela ne fonctionne pas. Il y a un travail fondamental de designer à faire avant d’imprimer, et le design, le consommateur n’en sait pas grand-chose.

Quelle est la stratégie de DASSAULT Systèmes dans cet environnement ?

Frédéric Vacher : chez DASSAULT Systèmes, nous essayons de casser cette image de bricolage du dimanche qui dévalorise le procédé de l’impression 3D, car c’est un vrai procédé industriel. Nous préférons aider ceux qu’on appelle les makers, avec les bons outils, les bons process, les bonnes réflexions sur ce qu’est le design et sur la façon dont ils peuvent exploiter ces nouvelles technologies. Dans notre Fablab, il y a des postes de scan, de modélisation 3D. Historiquement, on est trés fort dans ce domaine avec les marques Solidworks et CATIA. Je teste un tas de matériaux, de la résine, de la céramique… Il y a plusieurs types d’imprimantes. Nous avons des partenariats avec tous les fabricants de machines mais aussi avec des nouveaux entrants, des starts-up francaises qu’on essaye d’aider.
La force du Fablab de DASSAULT Systèmes est d’être associé à un réseau social international qui permet l’intelligence collective, l’entraide, le soutien et le repérage des talents. C’est une communauté d’intérêts. Nous avons créé cette plateforme en réseau pour connecter les professionnels, les makers, les marques et les consommateurs.

Comment imaginez-vous le marché de l’impression 3D grand public ? Comment peut-il se structurer ?

Frédéric Vacher : si vous prenez Sculpteo, un de nos partenaires pour l’impression, c’est un fournisseur de services. Ils ont acheté des machines, ils les mettent dans leurs usines et ils les font tourner avec un site web comme interface. Leur business, c’est la prestation de services. On peut penser que le succés de l’impression 3D va relocaliser l’industrie, c’est le fameux discours de Barack Obama. Mais c’est difficile de prévoir l’avenir. On pourrait faire éventuellement un parallèle avec l’impression 2D. Aujourd’hui, il y a des gens qui s’achètent des imprimantes couleurs. Ce business repose sur la vente des consommables, les cartouches. C’est un peu pareil avec ces petites imprimantes 3D à bas prix. Et puis vous avez des gens qui vont sur Photobox et qui importent leurs photos pour les imprimer et pour réaliser des objets en ligne (mugs, albums…). Et enfin, vous avez des gens qui vont toujours chez le photographe parce qu’ils attendent un service spécifique, un portrait par exemple.
Le parallèle pourrait être le suivant : vous avez des Fablabs qui progressivement vont se professionnaliser, ce sont des boutiques qui vont faire tourner des machines localement. Et puis, il y aura des services en ligne comme Sculpteo et enfin des gens qui vont s’acheter ces machines pour les avoir à la maison. Peut-être que le dispaching du business ne sera pas le même parce que cela me semble plus compliqué de designer en 3D et de gérer ces machines soi-même, alors que n’importe qui peut faire une photo et l’imprimer. Mais finalement, il y aura de plus en plus de bricoleurs avertis qui iront vers l’achat d’imprimantes 3D et qui mutualiseront leurs achats entre voisins. Il y en aura un qui achètera la machine et les autres qui pourront la lui louer…

Mais pour quels usages finalement ?

Frédéric Vacher : l’usage le plus répandu de l’impression 3D, c’est la pièce cassée. Beaucoup de gens cherchent à réparer des objets. L’obsolescence programmée a du souci à se faire. J’ai une pièce cassée, je la modélise, au passage je renforce le design pour améliorer la pièce, je l’imprime et je remplace. Si j’ai transformé la pièce pour l’optimiser, une question se pose : qui en devient l’auteur ? C’est toute la question de la propriété intellectuelle qui est en jeu.

Comment les distributeurs peuvent se positionner sur ce marché ?

Frédéric Vacher : on pourrait imaginer des développements pour le SAV car l’impression 3D peut transformer la donne pour les distributeurs et pour les fabricants de pièces détachées. Dans le bâtiment par exemple, quand on a des garanties décennales on doit avoir des stocks de pièces détachées pendant dix ans. Imaginons que votre stock soit numérique, vous allez produire à la demande. Economiquement, vous n’avez plus le coût de gestion des stocks, ni celui de la logistique associée.
Cela pourrait être notre discours chez DASSAULT Systèmes dans le futur, pour nos clients fabricants de biens de consommation. Les pièces détachées susceptibles de casser pourraient être mises sur une plateforme comme la nôtre et les fabricants pourraient tirer un profit de cet écosystème.
Autre solution : que cela vienne par le bas. Les gens bricolent dans les Fablabs et essayent de refaire les pièces. La problématique de la deuxième option concerne les normes de sécurité car quand vous êtes bricoleurs, vous n’êtes pas industriel. Donc, si la pièce casse, cela peut avoir des conséquences sur la sécurité, par exemple.

Y a-t-il la place pour de nouveaux acteurs sur ce marché ?

Frédéric Vacher : oui, certains vont se positionner comme des fournisseurs de services. Localisés en France ou ailleurs dans le monde, on leur enverra une photo de la pièce à réparer. Ils en feront une modélisation et moyennant tel prix, vous fabriqueront la pièce cassée sur mesure. La problématique des distributeurs comme Castorama ou Leroy Merlin réside dans la responsabilité. S’ils font une pièce imprimée en 3D, il faut garantir la fiabilité dans le temps. Or, pour concevoir des pièces détachées viables, il y a un besoin de vraies compétences en design industriel qu’ils n’ont probablement pas encore aujourd’hui. Ce sont des nouveaux métiers pour eux.
Et puis cela voudrait dire aussi qu’ils obtiennent des contrats de reproduction de pièces appartenant aux marques qu’ils distribuent… Pas simple pour ces retailers qui ne peuvent pas se permettre n’importe quoi. Mais il y a des choses à penser. Aujourd’hui, les GSS de bricolage se penchent plus vers les écosystèmes type Makerfaire parce que cela sert leur image et anime leur réflexion, même si ce public-là n’a pas de compétence industrielle, ni professionnelle.

Qu’en est-il des logiciels grand public pour accompagner l’évolution du marché de la 3D ?

Frédéric Vacher : la plupart des logiciels 3DS sont professionnels, mais certains sont aussi grand public comme Homebyme qui sert à aménager son appartement en 3D. C’est gratuit et hyper simple. Il y a quelques années, nous avions conçu un autre logiciel de design grand public. Nous l’avons retiré du marché car le grand public ne sait pas partir d’une feuille blanche. Ce n’est pas une question de complexité de l’outil (qui en l’occurrence était ultra simple, avec de nombreux tutos sur You Tube), ce n’est pas non plus une question de prix car c’était gratuit. C’est juste une question de savoir faire. Tout le monde n’est pas dessinateur ou designer. C’est pourquoi, il n’y a pas vraiment de projet sur le logiciel grand public, c’est trop élitiste parce qu’il y aura toujours des contraintes de fabrication à intégrer. D’où notre repositionnement sur des offres plus verticalisées. On travaille avec les designers sur un produit, on vérifie qu’il soit fabricable et on le met à disposition en ligne. Chacun peut le personnaliser et au final c’est votre produit. Il est unique, mais on vous a coaché, on vous a aidé dans la numérisation, on vous a proposé des services. Le consommateur est acteur de son produit et les marques créent du lien avec lui.
La vraie révolution 3D, elle est là !

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