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Demain la santé sera connectée avec Visiomed

Interview d’Eric Sebban, PDG de VISIOMED
2 juin 2014

Echo Conseil

Éric Sebban
PDG de Visiomed

La création d’une entreprise trouve souvent son origine dans l’histoire personnelle de son créateur. C’est le cas avec Eric Sebban, fondateur de VISIOMED, qui en 2001, face aux convulsions de son fils de 9 mois et à ses crises de larmes instantanées à la seule vue du thermomètre, imagine le thermomètre infrarouge sans contact. Ce sera la naissance de ThermoFlash qui, positionné à 5 cm du corps humain, obtient une mesure fiable de la température en une 1/2 seconde et le début d’une belle aventure entrepreneuriale qui conduit aujourd’hui Eric Sebban à imaginer la télé-médecine de demain. Il nous donne sa vision de ce nouveau marché avec un enthousiasme communicatif.

Le thermomètre infra-rouge sans contact est né d’une expérience personnelle, comment avez-vous mis au point ce produit ?

Je venais du monde de l’électronique. J’ai réfléchi, j’ai cherché, et j’ai trouvé un appareil industriel à infrarouge qui prenait la température des pièces. La technologie existait, j’ai décidé de la transformer en technologie médicale. J’ai mis 5 ans pour développer un véritable appareil de diagnostic et passer toutes les phases de certification, d’homologation et d’enregistrement auprés des organismes de santé.
En 2007, j’ai créé la société VISIOMED et j’ai commencé à commercialiser mon produit. Cela a été un succés immédiat auprés des pharmaciens et des professionnels de santé. Aujourd’hui, on équipe 50 000 médecins en France, et nos clients pharmaciens nous demandent de leur apporter d’autres produits d’autodiagnostic innovants. Ils ont vu une partie de leur activité partir vers la grande distribution et aujourd’hui ils ne veulent pas passer à coté de la santé connectée. Pour eux, c’est un moyen de se réapproprier leur fonction de conseil car ils sont les seuls capables de prendre le temps d’expliquer à des utilisateurs néophytes comment prendre sa température de façon correcte, comment utiliser un tensiomètre… Les pharmaciens ont un rôle déterminant à jouer dans l’éducation des gens à la santé connectée.

Comment en êtes-vous venu à prendre le virage des « objets connectés » ?

En 2008-2009, j’identifie ce que j’appelais à l’époque des «objets communicants». Je savais que la télé-médecine allait arriver et qu’il fallait que ces produits à base d’électronique puissent parler «machine to machine». Aujourd’hui, l’objectif gouvernemental c’est 80% de chirurgie ambulatoire et pour suivre les patients on utilise des devices, des produits, des appareils de diagnostic médicaux qui peuvent envoyer des informations à un médecin, des alertes, qui permettent, à distance, de suivre une pathologie et d’éventuellement modifier un traitement en cours.

Parlez-nous de BEWELL Connect que vous lancez ce mois-ci.

BEWELL Connect c’est une gamme de produits connectés destinée au grand public qui, grâce à une plateforme d’interprétation et de suivi personnalisé, permet d’entrer en contact avec toute la chaîne des professionnels de santé : médecins, hopitaux, pharmaciens.
L’utilisateur achète le device (thermomètre, tensiomètre, balance, moniteur d’activité, outil de mesure de la saturation de l’oxygène dans le sang, électro-cardiogramme…), puis il télécharge la plateforme sur App Store ou Google Play sur son mobile et crée son profil santé (âge, poids, taille, historique médical…). Il suit ses indicateurs de santé pour rester en forme ou garder l’esprit tranquille dans le cadre d’un traitement. Il peut aussi communiquer ses résultats à son médecin et si le besoin est immédiat, géolocaliser un professionnel de santé.
Les produits BEWELL Connect s’intègrent dans la chaîne de compétences et de valeurs du trio : patient/médecin/pharmacien. Aujourd’hui, nous voulons préempter le marché de la santé connectée car nous sommes dans le matériel médical depuis 10 ans, et rendre ce matériel communicant est trés simple pour nous. Nous avons la technologie qui nous donne la longueur d’avance et la légitimité, et tout notre savoir-faire est intégré à l’entreprise, y compris pour le design et la partie R&D médicale avec la présence d’un ingénieur-médecin.

Quels sont selon vous les objets connectés qui vont émerger demain parmi la multitude de lancements actuels ?

Pour réussir sur le marché des objets connectés, il faut proposer un gain au quotidien, il faut qu’il y ait une utilité pratique, pertinente et fiable. C’est pourquoi, selon moi, la santé connectée va représenter entre 60 et 70% du business des objets connectés.
A terme, nous voulons aussi nous développer sur la sécurité des biens et des personnes, ainsi que sur la maison connectée. Nous travaillons sur des appareils de surveillance qui ont toujours un lien avec la santé, comme par exemple, une caméra qui va permettre de rentrer en relation avec son médecin, pour que celui-ci puisse faire à distance un premier diagnostic. Cela permettra de faire un «tri qualitatif», d’apporter des solutions concrètes, notamment pour les personnes agées, tout en réduisant les coûts pour la collectivité.

Que pensez-vous des lunettes connectées ?

C’est génial, mais pour moi cela servira surtout à l’industrie, dans des opérations de logistique en entrepôt par exemple. Au niveau individuel, cela peut être un produit de confort, alors que la santé connectée, cela peut devenir un marché de première utilité.

Quel est, à vos yeux, le trait de votre personnalité le plus utile à votre quotidien de chef d’entreprise ?

L’innovation, j’aime créer, je suis un créateur. Au départ je suis architecte d’intérieur de formation, j’ai fait de l’ébénisterie d’art à l’école. Rien à voir avec la santé ! J’aime créer de mes mains et avec ma tête. J’ai une capacité d’imagination trés forte, j’arrive à m’imaginer les produits même quand ils n’existent pas !

Quels conseils donneriez-vous à un start-upper qui démarre son aventure ?

De bien s’entourer, de bien choisir ses partenaires financiers car ils peuvent avoir des spécialités différentes selon les marchés. Je lui dirais de se lancer car la France est un pays qui va démontrer qu’il a des pépites. Il faut y aller. C’est pas facile d’être chef d’entreprise, il faut régler 150 problèmes par jour, prendre une bonne décision toutes les 5 minutes. Il faut être proche de ses collaborateurs et surtout il faut savoir déléguer. Je pensais que tous les gens ne faisaient pas les choses aussi bien que moi, donc je faisais tout moi-même. Mais à force de vouloir tout faire on ne fait rien ! C’est un art de bien savoir s’entourer et cela passe par la confiance. Il faut anticiper les problèmes, voir loin, mais cela s’apprend avec l’expérience. Mais il faut y aller, car c’est vraiment trés gratifiant. Moi, je viens le matin au travail en sifflant. Je suis content, je suis fier. Ce n’est pas une corvée. Et tant que ce n’est pas une corvée, on peut abattre des montagnes !

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