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La ruche qui dit oui !

La ruche qui dit oui !

La ruche qui dit oui ! ou comment consommer « local » ?

Rencontre avec Benjamin Stock, rédacteur & community manager de la start-up alimentaire.
10 mars 2016

Echo Conseil

Benjamin Stock

Réseau de distribution sans intermédiaire, la Ruche qui dit Oui ! s’appuie sur une plateforme d’e-commerce pour mettre en relation producteurs et consommateurs d’une même région. Les premiers livrent les seconds dans sept cents points-relais appelés ruches. En 2015, quatre mille agriculteurs et artisans ont choisi cette solution de vente directe et plus de cent mille clients goûtaient le fruit de leur travail.

Comment fonctionne La Ruche qui dit Oui ?

C’est le marché du village sur Internet. Une ruche est une communauté de consommateurs et de producteurs qui va se retrouver quatre fois par mois dans un même lieu. Toutes les ventes se font pendant la semaine sur Internet, sur notre plateforme. Le jour J, à l’heure H, le client vient chercher sa commande dans la ruche de sa région. Il n’y a pas d’échange d’argent sur place. La ruche qui dit Oui ! est une des solutions permettant aux consommateurs d’acheter des produits de qualité aux agriculteurs, artisans, brasseurs, de leur région. L’objectif est de faire vivre le tissu économique local. Nous n’achetons rien et nous ne revendons rien. Nous ne faisons pas de stock. On s’inscrit dans une logique opposée à celle de la grande distribution et cette règle de base ne changera pas.

Comment naît et vit une ruche ?

Un particulier, une association ou une entreprise peut ouvrir une ruche dans un café, une salle de spectacle, une école, un centre culturel, un jardin ou une grange… Il devient le responsable de la ruche. Dans un rayon de deux cent cinquante kilomètres maximum, il contacte des producteurs proposant fruits, légumes, viande, fromage, laitages, pain, vin, miel… Parallèlement, il recrute des membres désirant acheter des produits locaux. Chaque semaine, le responsable diffuse en ligne une sélection de produits fermiers aux membres de sa ruche. Au préalable, chaque producteur fixe librement le prix de ses produits et le minimum de commandes à atteindre pour les livrer. Les consommateurs ont six jours pour passer commande sur le site, en cliquant sur les produits convoités.
Il n’y a ni obligation, ni abonnement ; chaque membre de la ruche est libre d’acheter ou non. Quand les commandes sont terminées, deux cas de figure se présentent. Soit le producteur a atteint son minimum de commandes et tout va bien. Soit il ne l’a pas atteint. Dans ce cas, il ne viendra pas livrer ses produits cette fois. La veille de la distribution, chaque membre reçoit la liste complète de ses courses effectives et donc, du montant débité. Le jour J, les consommateurs se retrouvent sur le lieu de la distribution pour récupérer leurs marchandises.

Quel est votre système de rémunération ?

Dans une ruche, le producteur vend directement ses produits aux membres. Il s’agit d’une vente directe suivie d’une facturation de service. Dans une ruche, le producteur vend directement ses produits aux membres. Il s’agit d’une vente directe suivie d’une facturation de service. Celle-ci s’élève à 16,7 % de son chiffre d’affaires horstaxes. Le responsable de ruche perçoit 8,35 % au titre de son travail d’organisation des ventes, de gestion et d’animation de la communauté. L’autre moitié rémunère l’entreprise pour le service et les frais bancaires, le développement de la plateforme Internet, le support technique et commercial. Chaque producteur fixe lui-même son prix de vente car il est le mieux placé pour évaluer le tarif qui rémunère justement son travail.

Quel rôle joue votre plateforme d’e-commerce ?

Elle gère notre réseau de commerce décentralisé, au sein duquel les différents protagonistes pilotent leur activité de façon autonome. Chaque ruche a son propre site, administré par le responsable. Chaque producteur possède son espace de commerce dédié, dans lequel il met à jour son catalogue produits, ses prix, ses ventes, ses distributions et sa facturation. Chaque membre a la possibilité de s’inscrire dans plusieurs ruches pour acheter les produits de son choix. Notre plateforme est adaptée à une utilisation sur mobile, tablette et ordinateur. Il y a une interconnexion de toutes les ruches et de tous les producteurs. On met progressivement en place des briques fonctionnelles afin de faire gagner du temps aux producteurs, avec des plannings, des tableaux, pour qu’ils puissent s’aiderentre eux, mutualiser les livraisons. Quand un agriculteur travaille pour une ruche, sa comptabilité est faite, quasiment, automatiquement.

Qui sont les responsables de ruches ?

Aujourd’hui, ils sont plus de sept cents à s’être lancés dans l’aventure. Ils viennent de tous les milieux, toutes les régions et ont connu tout type de parcours professionnel. 80 % d’entre eux sont des femmes. Certaines ruches peuvent être gérées par un groupe de personnes sous la forme d’association ou d’entreprise. Quel que soit le statut, l’activité doit être déclarée. Aujourd’hui, le réseau évolue moins en nombre qu’en taille. Chaque unité a tendance à se consolider et à réaliser des ventes de plus en plus importantes. Au début, beaucoup de responsables géraient de petites entités qui n’étaient pas forcément pérennes car les producteurs se déplaçaient pour pas grand-chose. Notre réseau est multicolore, hétérogène en termes de chiffre d’affaires, d’ambiance, et on souhaite le garder ainsi. Certaines ruches sont fréquentées par des personnes âgées essentiellement, d’autres par des blogueuses ! Les pratiques peuvent être différentes. Certaines entités trouvent leurs produits à moins de dix kilomètres, c’est l’ultra local, d’autres s’orientent davantage sur le bio ou les prix. Différents modèles coexistent. En fait, la ruche ressemble à l’endroit où elle se trouve. Le responsable de ruche est un peu l’ambassadeur local qui va dans la campagne alentour trouver des producteurs, frapper à la porte des fermes, parler de la ruche et convaincre ses interlocuteurs.

Peut-on trouver des produits de la mer dans une ruche auvergnate ?

En principe non car notre volonté est de proposer aux consommateurs d’acheter leur marchandise produite dans un rayon de deux cent cinquante kilomètres. Notre objectif numéro un vise l’alimentation fraîche, avec un circuit court le plus performant possible. A certaines périodes de l’année, toutefois, comme à Noël, nous avons assoupli nos règles car nous nous sommes rendu compte que les gens voulaient des huîtres. Cette année, nous avons conduit un test pendant un mois en partenariat avec chronopost qui a lancé le service chronofood. Les ostréiculteurs travaillant avec des ruches de bord de mer pouvaient, s’ils avaient des commandes issus d’autres régions, faire livrer leurs marchandises via chronofood. Notre philosophie du « locavore » n’exclue pas de telles initiatives qui visent, toujours, à promouvoir des produits régionaux de qualité.

Vous avez récemment ouvert des bureaux en région. Quel est leur rôle ?

Au total, l’entreprise compte environ cent vingt salariés répartis entre Paris et plusieurs bureaux régionaux, à Lyon, Toulouse, Nantes, Lille, sans oublier Londres, Bruxelles, Berlin, Turin, Barcelone et Madrid. Chaque bureau régional est animé par deux personnes : la première fait le lien avec les responsables de ruches, tandis que la seconde est en contact avec les producteurs.

©Laruchequiditoui !