Manecho

COVID 19 – Un chef d’entreprise raconte : sa gestion de la crise, sa vision.

Interview de Christophe Vattier, Président de GoBeep
12 mai 2020

« Dès leur réouverture, nous devrons aider nos clients à réaliser le meilleur chiffre d’affaires possible »

Quelle est la vocation de votre société ?

Créée il y a cinq ans, GoBeep emploie vingt-cinq salariés. Notre vocation est d’aider les retailers à faire venir des gens dans leurs magasins, et ce depuis le monde digital, les réseaux sociaux. Notre service, baptisé 1 sur x, consiste à offrir une chance sur x au consommateur de gagner son panier, son achat en boutique. GoBeep gère l’ensemble du processus : l’annonce aux internautes qu’une opération est lancée par telle enseigne sur telle surface, le suivi du parcours en magasin, le passage en caisse, la révélation du gain, la gestion des données connectées, les informations d’achat, les performances, etc.

Avec quelle efficacité ?

Notre service permet d’augmenter le chiffre d’affaires d’une grande surface alimentaire de 2 à 5 % : ce surplus est drainé par la conquête de nouveaux clients et une augmentation du panier moyen. En GSA, celle-ci est de 75 % en moyenne. Dans le monde du prêt-à-porter ou dans d’autres univers, elle se situe entre 40 et 100 %, selon la nature des produits. De plus, nous collectons plusieurs milliers de profils qualifiés par magasin et par opération, en accord avec les nouvelles réglementations. Par ailleurs, suite à la demande de clients, nous avons créé un module 1 sur x pour l’e-commerce : les consommateurs se rendent, cette fois, directement sur les sites marchands des enseignes. Nous avons tout récemment lancé une opération pour Naf Naf. En comparant leurs performances mesurées pendant le confinement, et les nôtres, au cours de cette même période, nous avons constaté un doublement des résultats ! Développer le canal online est devenu, pour nous, un autre axe de développement.

Avez-vous perçu des signaux faibles qui vous auraient alerté sur le début de cette crise ?

Pas du tout ! Je n’ai rien vu venir. D’ailleurs, jusqu’à la veille du confinement, nos opérations fonctionnaient encore, elles tournaient normalement. En revanche, dès le lendemain, tout s’est arrêté. Pour vous donner un exemple, la semaine du confinement, nous devions signer pour près d’un million d’euros de contrats qui ont été instantanément décalés, car les magasins étaient fermés, et nos clients n’étaient pas en mesure de mettre l’opération en place.

Quelle a été votre action prioritaire ?

La première fut de préserver notre société. Quand le chiffre d’affaires passe à zéro du jour au lendemain, les conséquences sur la trésorerie peuvent être très douloureuses. Nous avons coupé les coûts, utilisé les mesures mises à disposition par l’État : chômage partiel (que nous complétons pour assurer 100 % des revenus à nos salariés dans cette situation), décalage accordé pour le paiement de certaines charges, demande de prêts bancaires, télétravail…

Quelle a été ensuite votre première interrogation ?

Notre questionnement fut le suivant : le monde d’après sera-t-il comme le monde d’avant ? Si la réponse est non, comme nous le pensons, nos services auront-ils la même pertinence ? Pour y répondre, nous avons mis en place des équipes qui planchent sur le sujet. Ce qui permet de garder intacte la motivation des collaborateurs. Pendant le confinement, nous communiquons beaucoup, en toute transparence. C’est essentiel. Nous réfléchissons, entre autres, à élargir l’utilisation de notre savoir-faire. Avant la crise, nous lancions exclusivement des opérations courtes, qui s’adressaient à tout le monde : chacun a une chance sur dix de gagner son caddie pendant quinze jours. Demain, nos opérations pourraient être plus diverses, certaines pouvant durer plus longtemps (trois mois, six mois, un an…), mais s’adresser à un groupe précis de personnes. Telle enseigne, pour remercier les soignants, pourrait leur annoncer : vous avez une chance sur dix, chaque fois que vous faites vos courses chez nous, de ne pas les payer. On ne fait pas que vous dire merci, on vous le prouve. Il y a les soignants, mais aussi bien d’autres professions, ou groupes.

L’instauration du télétravail a donc été une réussite ?

Oui, et pourtant, je dois avouer que j’y étais réticent. Alexandra Chiaramonti, la directrice générale, a su parfaitement piloter cette mise en place. À mes yeux, il est certain qu’on ne travaillera plus comme avant. Facebook a, par exemple, annoncé interdire toute réunion de plus de cinquante personnes à travers le monde jusqu’en juin 2021. De fait, nous devrons peut-être faire face à de nouveaux confinements, avec des retours à la normale, puis de nouvelles mesures sanitaires. Nous allons devoir garder cette nouvelle manière de travailler à distance, partiellement ou totalement. À mon sens, beaucoup d’entreprises vont, sans doute, réduire leurs surfaces globales de bureaux.

Comment voyez-vous les choses se dessiner dans votre secteur ?

Je pense qu’à l’avenir, nous aurons deux types de clients au comportement bien distincts. Il y aura les GSA qui, dans une telle période et selon leurs proximités avec les habitants, s’en sortent bien. Et puis toutes les autres enseignes (GSS, mode…), dont les magasins peuvent être fermés du jour au lendemain. Notre objectif sera donc d’être capable de générer du chiffre d’affaires chez ces clients, rapidement, et sur une période courte. Dès leur réouverture, nous devrons les aider à réaliser le meilleur chiffre d’affaires possible, pour écouler leurs stocks, au regard, notamment de leur saisonnalité, etc. En GSA, les enseignes recommenceront à lancer des opérations de marketing et de publicité dans quelques semaines. Nous répondrons présent. Mais je pense qu’au global, il y aura davantage de volatilité dans les actions à mener et nous veillons à avoir le niveau de réactivité nécessaire.

Quelle image vous reste de ce confinement ?

Cette période inédite a fait ressortir le meilleur et le pire des gens. J’ai pu le constater partout, au sein de la société, chez les actionnaires, nos partenaires. Certains ont eu des comportements véritablement exemplaires. D’autres, à l’inverse, par peur, peut-être, par stress, n’ont pas montré la plus belle image d’eux-mêmes. Une telle crise antagonise les comportements des gens, en bien et en mal. C’est un révélateur de l’humain, fort et profond.

©GoBeep