COVID 19 – Un chef d’entreprise raconte : sa gestion de la crise, sa vision.

Interview de Judith Levy, fondatrice de Même Cosmetics, première gamme de produits dermo-cosmétiques dédiée aux personnes concernées par le cancer
18 mai 2020

« Notre entreprise profite de cette période pour travailler ses sujets stratégiques de long terme »

Quelle est la vocation de Même ?

Créée en 2017, Même est une gamme de soins cosmétiques et de produits de maquillage à destination des malades du cancer. Nos produits sont conçus à partir d’ingrédients les plus sains possibles afin de prévenir et limiter les effets secondaires des traitements sur la peau : alopécie, desquamation, irritations, sensation de brûlures, ongles cassants, etc. Avec cette devise « Même malade, je m’aime et on m’aime. » Chaque produit est élaboré en France, en collaboration avec des médecins, des infirmières, des pharmaciens et des patientes. Notre équipe compte une vingtaine de salariés.

Comment distribuez-vous vos produits ?

D’une part sur notre site e-commerce, et d’autre part, en pharmacie : notre gamme (une vingtaine de références) est présente dans trois mille officines françaises. En 2018, nous avons initié un partenariat commercial avec le groupe pharmaceutique et dermo-cosmétique, Pierre Fabre, et plus particulièrement avec sa marque Avène. Depuis, les commerciaux de cette marque représentent Même sur le terrain. Ce qui nous a permis une belle expansion.

Quelles mesures avez-vous mises en place au moment de la crise ?

Nous avons organisé le télétravail dès la déclaration du président Macron, le 12 mars dernier, afin de protéger au mieux nos salariés, surtout étant donné que nos bureaux ne sont pas immenses, startup oblige ! Quelques salariés travaillant habituellement sur le terrain ont aussi été mis au chômage partiel, ce qui était important pour limiter au mieux les coûts pendant cette période très compliquée. Car on a rapidement constaté que nos chiffres chutaient. Malgré le fait que les pharmacies soient ouvertes, leur fréquentation a baissé d’environ 70 %.

Comment fonctionne Même depuis le confinement ?

Nous avons profité de ce moment pour demander à certains collaborateurs de travailler sur des sujets de fond qu’ils n’avaient pas eu le temps de creuser par manque de temps. Avec Juliette Couturier, mon associée, nous avons étudié des projets à plus long terme : la stratégie future de Même, son développement éventuel à l’international, les conditions dans lesquelles nous voudrions nous déployer… Certaines fonctions ont été au contraire particulièrement sollicitées sur des sujets très court-terme, comme celle du marketing, car il a fallu adapter notre communication à la crise, éviter les faux pas, rester au plus près des demandes de nos clientes… Pour garder l’émulation, nous planifions deux visios d’équipe par semaine, pour que les équipes se voient, se parlent. C’est notre rôle de veiller à ce que tout le monde aille bien, car il y a fatalement des inégalités entre ceux qui habitent des maisons avec jardin, et d’autres confinés dans de petits appartements. Je suis en tout cas impressionnée par la qualité de ce qu’ont déployée nos collaborateurs tout au long de cette période. J’ai parfois l’impression qu’on a presque mieux travaillé, ou en tout cas largement aussi bien mais avec parfois peut-être plus de recul !

Allez-vous garder certaines bonnes pratiques ?

Nous avons clairement constaté que certains déplacements pouvaient être supprimés. Un rendez-vous à l’autre bout de Paris, plombant une matinée, ou une réunion de deux heures à Toulouse, exigeant un aller-retour en avion, dans la journée, peuvent être remplacés par des visioconférences. On gagnerait en temps et en économie de fatigue. Dans un premier temps et par principe de précaution, nous restons en télétravail jusqu’à la fin du mois de mai. Nous allons aussi échanger nos différentes expériences avec les start-ups qui composent le portefeuille de notre fonds d’investissement. Afin d’en tirer les meilleures pratiques.

Votre calendrier de lancement de produits a-t-il été modifié ?

Oui, malheureusement. Nous avons révisé notre plan marketing, en prenant en compte les retards de fabrication. Les usines fabriquant nos produits, toutes situées en France, étaient partiellement fermées, ou fonctionnaient avec des équipes réduites. Beaucoup de nos fournisseurs ont, par ailleurs, été sollicités en urgence sur la fabrication de gels hydroalcooliques, ou de solutions hydratantes pour les mains. Nos commandes ont donc pris du retard et nous avons dû composer avec ces nouvelles données.

Quels enseignements tirez-vous de cette période ?

Avoir un minimum de trésorerie pour faire face à un tel aléa est capital pour une entreprise. Sinon elle peut mourir. De plus, la grande phrase que j’ai répétée depuis le début du confinement est « Ce qui est fait n’est plus à faire ». Par exemple, nous lançons actuellement un nouveau produit, événement très important pour Même dans cette période difficile. Or, nous pouvons le faire, parce que nous avions par exemple réalisé les photos à l’avance ! Notre communauté attend cette nouveauté, car malheureusement, le cancer n’a pas disparu avec l’apparition du Covid.

©Même Cosmetics