COVID 19 – Un chef d’entreprise raconte… #08 Nicolas Chabot

COVID 19 – Un chef d’entreprise raconte : sa gestion de la crise, sa vision.

Interview de Nicolas Chabot, Chief Client Officer chez Traackr, plateforme de marketing d’influence.
17 mai 2020

« Cette crise va générer des formats de communication plus agiles, plus adaptés aux comportements des gens qui, eux-mêmes, se sont hyper digitalisés pendant le confinement »

Pouvez-vous nous présenter Traackr ?

Traackr est une société de technologie qui aide les marques à optimiser leurs programmes de marketing d’influence au niveau mondial. Depuis l’identification des influenceurs, l’optimisation des investissements jusqu’à la mesure de performance de chaque campagne et de la marque, Traackr apporte des données à chaque étape pour accompagner les marques dans la digitalisation de leur communication.

Quels sont vos secteurs de prédilection ?

Les secteurs de la beauté et du maquillage ont clairement pris l’ascendant sur ce type de communication. Les influenceurs interagissent continuellement sur les réseaux sociaux ; ils ont acquis, en quelques années, notoriété et crédibilité auprès de leur communauté. Ils ont la confiance des consommateurs. Tout a commencé avec les tutos, dont les volumes de contenus de produits et les audiences sont énormes. En quelques années, certaines marques ont émergé uniquement à travers les réseaux sociaux. Au point que des influenceurs ont créé leur propre marque de beauté. L’exemple le plus célèbre est Kylie Jenner : elle a fondé un empire cosmétique puis en a revendu une partie à la multinationale Coty. On trouve désormais pléthore d’Indie brands (jeunes marques indépendantes) qui excellent dans l’art de la communication on line, sans passer par la télévision, ni apparaître chez Sephora. L’Oréal, qui figure parmi nos plus grands clients, l’a bien compris !

Face à la crise, quelles ont été vos actions prioritaires ?

Nous avons rapidement formulé de nouvelles hypothèses commerciales afin d’avoir une trajectoire visible pour le reste de l’année 2020. Cela nous a conduits à réduire nos coûts, à supprimer nos locations de bureaux. Heureusement, notre activité se prête bien au télétravail. L’autre enjeu a été de maintenir la collaboration, le lien, la motivation des équipes, intacts. Nous avons, par exemple, instauré des cafés virtuels deux fois par semaine : uniquement pour prendre des nouvelles des uns et des autres, en dehors de nos problématiques professionnelles.

Qu’avez-vous d’abord observé chez vos clients ?

Au début tout s’est arrêté. Certains ont stoppé net leurs budgets communication et marketing. Comme dans l’hôtellerie, par exemple. En automobile, les concessions ayant fermé, les budgets ont été réduits de plus de 80 %. Or, ce secteur compte parmi les plus gros annonceurs en France. Les marques se sont aperçues que la communication traditionnelle n’était pas la plus pertinente. Ils ne pouvaient plus montrer les mêmes contenus que ceux qu’ils avaient enregistrés un mois avant ! Certains acteurs, en revanche, ont profité de la crise, comme le gaming, qui est en forte croissance. Les produits de soins, d’hygiène, les teintures de cheveux maison sont en rupture de stock…

Cette situation va-t-elle pousser les marques à repenser leur stratégie de marketing ?

Nous sommes très attentifs à la façon dont les marques vont reconstruire leur stratégie de communication dans le futur. Notre technologie est cœur de la digitalisation d’une entreprise. Elle peut être un facilitateur de cette accélération de la transformation. Pendant la crise, nous avons assisté à de belles initiatives. Le groupe Michelin, par exemple, a constaté qu’il ne pouvait plus communiquer sur les déplacements, alors que les gens étaient confinés. Il a donc mis en avant sa présence sur le domaine de l’e-sport, notamment via son partenariat avec le jeu vidéo Gran Turismo. Cette crise peut constituer une opportunité : celle d’imaginer des méthodes de communication plus agiles, des formats plus adaptés aux comportements des gens qui, eux-mêmes, se sont hyper digitalisés pendant cette période.

Comment se sont comportés les influenceurs pendant le confinement ?

Ils se sont montrés très créatifs. Ils ont inventé des challenges, des lives, ils ont raconté des histoires, avec un contenu vivant, pertinent, qui se renouvelle en permanence. La vidéo sur Instagram d’Eva Longoria montrant ses racines de cheveux grises, et utilisant un spray L’Oréal pour les colorer, a comptabilisé plus de deux millions de vues ! On est dans un contenu quotidien, sympathique, avec de l’humour qui trouve un écho favorable auprès du public. Ensuite, le but est de faire le lien entre ces vidéos et l’activité e-commerce de la marque. La digitalisation de la communication est liée à celle du commerce.

Que se passe-t-il dans le domaine de la mode ?

Les difficultés rencontrées face à la fermeture des boutiques sont énormes. Il est question de survie pour certains. Pendant le confinement, certaines ont créé des rendez-vous, affirmé leur présence sur Instagram, avec leurs influenceurs, inventant des nouvelles façons de produire des contenus parce qu’il n’y a plus de défilés. Dans ce domaine, les grands influenceurs suivis par des communautés importantes, et qui ont des contrats annuels avec les marques, s’en sortiront. Ce sera plus dur pour les autres. Certaines marques vont peut-être profiter de l’occasion pour nouer des partenariats, montrer leur soutien et augmenter leur présence sur les réseaux sociaux. Il y a autant d’opportunités que de risques.

Quelle image vous restera de cette période très particulière ?

La mosaïque de tous les visages de nos collaborateurs sur les écrans de visioconférence !

©Traackr