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Interview de Sandrine Mercier, Directrice du Développement Durable de Carrefour
10 octobre 2015

Echo Conseil

Sandrine Mercier

Partenaire officiel de la COP 21, Carrefour intensifie chaque année son action pour réduire son empreinte écologique et lutter contre le changement climatique. A la tête de la direction du développement durable de l’enseigne, Sandrine Mercier mobilise les équipes Carrefour afin de développer des solutions innovantes permettant de réduire la consommation énergétique des points de vente, recycler les emballages et intégrer chaque collaborateur dans la démarche de l’entreprise.

Quels sont les actes forts de Carrefour en matière de développement durable ?

Pour commencer, rappelons qu’en 2004, nous avons pris l’engagement de réduire de 30 % la consommation énergétique moyenne de nos magasins d’ici 2020. C’était un objectif très significatif. Car, étant donné qu’une grande partie de notre activité consiste à vendre des produits frais ou surgelés, cela exige l’installation d’équipements frigorifiques, gourmands en consommation énergétique, et qui génèrent, en outre, des émissions de gaz à effet de serre. Face à l’enjeu du réchauffement de la planète, Carrefour veut continuer à s’impliquer sur le long terme. En lien avec la COP 21 (Conférence internationale sur les enjeux climatiques qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre prochain), notre groupe s’est engagé à réduire ses émissions de CO2 de 40 % entre 2010 et 2025 et de 70 % d’ici 2050. C’est très ambitieux ! En parallèle, nous nous intéressons aux nouvelles technologies qui produisent de l’énergie avec un impact plus faible sur l’environnement.

Quelles nouvelles technologies vous intéressent ?

Il y a quelques années, des tests ont été réalisés avec des systèmes photovoltaïques. Cette solution qui peut s’avérer intéressante à la conception d’un magasin a, néanmoins, soulevé des problèmes de renforcement de structures, lorsqu’il fallait installer des panneaux solaires sur une toiture existante. Notamment pour Carrefour, propriétaire d’un parc de magasins déjà anciens. Par ailleurs, la fiscalité dans ce domaine est relativement instable, alors que les retours sur investissements s’étalent sur une période d’une vingtaine d’années. Carrefour a étudié d’autres pistes, comme celle de recycler l’énergie qui se perd dans l’atmosphère. L’idée consiste à récupérer la chaleur produite par l’ensemble de nos réfrigérateurs, d’une part pour chauffer nos magasins, d’autre part, pour chauffer l’eau que nous utilisons, par exemple, pour le nettoyage des mains de nos salariés. Une telle initiative a été déployée dans la majorité de nos hypermarchés. En matière d’éclairage, la technologie Led est désormais utilisée partout, pour les lumières des plafonds mais aussi pour l’intérieur de nos réfrigérateurs, ou en éclairage d’accentuation, aux rayonnages des fruits et légumes. Autre piste intéressante : la récupération d’eau de pluie. Dans le nord de la France, plusieurs de nos magasins ont mis en place des cuves de collecte, en partenariat avec les prestataires gérant les auto-laveuses destinées à nettoyer les sols : les machines se connectent aux réservoirs pour se charger en eau, qui est ensuite utilisée pour le lavage des sols.

Quel est l’objet du partenariat que Carrefour a conclu avec Philips et la start-up française Echy ?

L’objectif consiste à expérimenter une technologie de lumière hybride au Carrefour Market de Bonneval, en Eure-et-Loir. Concrètement, des lentilles posées sur le toit captent la lumière du soleil qui, transmise par fibre optique, est ensuite diffusée grâce à un luminaire dédié. Des capteurs garantissent le niveau d’éclairement requis, quel que soit le moment de la journée et les conditions météorologiques extérieures. De fait, lorsque la lumière naturelle n’est plus suffisante, l’éclairage Led prend le relais automatiquement et progressivement. Avec le même spectre que celui du soleil sans ses inconvénients (pas d’UV, pas de chaleur), la lumière naturelle apporte bien-être et confort visuel aux clients tout en créant un environnement de travail agréable pour les employés. Le Carrefour Market de Bonneval pourrait, ainsi, réduire entre 40 % et 60 % sa consommation énergétique liée à l’éclairage. Ce type de test en magasin est important pour vérifier si le procédé est adapté à l’entreprise. Il faut être en veille continuelle pour avancer et ne pas prendre de retard ! Chaque année, en effet, des magasins font l’objet de rénovation, de travaux. Il nous faut donc investir à bon escient, dans les meilleures solutions porteuses de technologies pertinentes à déployer.

Communiquez-vous auprès des clients sur ces sujets de développement durable ?

Nous publions régulièrement des communiqués sur notre site Internet. Mais le fait qu’un groupe comme le nôtre travaille à réduire sa propre consommation énergétique paraît, aujourd’hui, normal au client. C’est la raison pour laquelle il est surtout intéressé par les produits qui vont lui permettre de réduire son propre impact sur l’environnement. Les innovations en la matière rencontrent un vif succès. Chaque année, nous réalisons des opérations promotionnelles, en partenariat avec d’autres grandes marques, pour mettre en avant des appareils économes en énergie. Nous avons également lancé la prime éco-travaux, versée par Carrefour sous certaines conditions, lorsque le client réalise des travaux permettant de réaliser des économies d’énergie. Le montant de la prime dépend du type de travaux, de la zone géographique et des caractéristiques de l’installation : isolations, fenêtres double vitrage… Nous avons un site dédié sur lequel le client peut réaliser des simulations en fonction de ces différents critères s’il veut connaître le montant de son bon d’achat.

Vous vous intéressez également aux emballages…

Notamment sur nos produits en marque propre. L’idée étant de les réduire au maximum sans gêner l’acte de vente. Au rayon du linge de maison, par exemple, nous avons supprimé l’ancien packaging fait d’une housse plastique et d’un cintre. Désormais, nous utilisons les cartons de livraison comme support de vente en ôtant la partie haute, pour garder la partie basse ; les draps étant eux-mêmes roulés dans des bandeaux de carton souple. Le consommateur voit le produit, peut même le toucher, ce qui ne pose pas de problème car on sait que les clients lavent toujours leur linge avant la première utilisation. Nous avons complètement repensé la manière de vendre ce type de produit. Nous élargissons cette démarche au maximum d’articles, et pas seulement dans le bio. Cette initiative a permis d’économiser plus de quarante tonnes de plastique par an.

Quelles initiatives conduit Carrefour en interne ?

Il y a plus de six ans, nous avons lancé les trophées du DD. Le but est d’inciter nos collaborateurs à développer des initiatives, à se pencher sur l’innovation autour de quatre items distincts : l’antigaspi (préservation des ressources), la biodiversité, l’économie locale et la solidarité. Ce challenge est entré dans les mœurs et valorisé par le comité exécutif France qui remet les trophées tous les deux ans. Les projets présentés constituent une source de fierté pour les collaborateurs, à titre individuel, mais aussi en tant que représentants d’une entreprise qui agit pour le bien de la planète. Ces initiatives qui constituent une véritable émulation.

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